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Le culte et le temple de Dieu en Israël

par T.Huser le 26 novembre 2009

Lec­ture Deu­té­ro­nome 12:1–11

Intro­duc­tion

Les reli­gions cana­néennes mul­ti­pliaient les sanc­tuaires. Les dieux des nations étaient ado­rés « sur les hautes mon­tagnes, sur les col­lines et sous tout arbre vert » (Dt 12 :2). C’est que ces dieux sont liés aux forces de la nature et de la fécon­dité.[1] Leurs sanc­tuaires peuvent se lier aux dif­fé­rents lieux qui évoquent la puis­sance de vie, ou le sacré. Ces sanc­tuaires sont appe­lés des « hauts lieux » : ils sont, en géné­ral, construits sur des tertres, des buttes à usage cultuel[2].

Lorsque Dieu pré­pare Israël à entrer dans le pays qu’il lui donne, il fixe comme lieu de culte un lieu, en oppo­si­tion avec cette mul­ti­pli­ca­tion des sanc­tuaires. « Vous cher­che­rez l’Eternel votre Dieu à sa demeure, et vous irez au lieu que l’Eternel, votre Dieu, choi­sira parmi toutes vos tri­bus pour y pla­cer son nom. » (Dt 12 :5). Ce lieu sera le signe qu’Israël est arrivé et ins­tallé dans son « lieu de repos », dans « l’héritage » que l’Eternel lui donne (Dt 12 :9,11). Autre­ment dit : c’est Dieu qui choi­sit le lieu où il fera « sa demeure », ce n’est pas l’homme qui s’approprie les forces de la nature. Dieu est le Sei­gneur, vivant. Et il choi­sit ce lieu comme signe qu’il a réa­lisé ses pro­messes : il est le Dieu qui se révèle dans l’Histoire, où il accom­plit ses plans. Ce lieu, ce sera le temple de Jérusalem.

Nous allons consi­dé­rer quelques aspects, his­to­riques et théo­lo­giques, sur ce que nous pou­vons décou­vrir bibli­que­ment de la rela­tion entre le culte et le temple de Jérusalem.

1. Construc­tion  et dédi­cace du Temple

Au temps des Juges, il y a encore des sanc­tuaires locaux : Silo (1 S 1), Rama (1 S 9 :22) ; Gabaon (1 R 3 :5). Un grand moment est celui où David fait entrer le coffre de l’Alliance à Jéru­sa­lem : il signi­fie que Dieu accepte de faire de la « ville de David » son sanc­tuaire (1 Chr 15)

11. De David à Salomon

Puis David a à coeur de bâtir une « mai­son » au Sei­gneur, à Jéru­sa­lem. Noble désir, que le Sei­gneur accepte, mais qu’il « décale » en même temps. Il dit à David par Nathan le pro­phète : « Tu veux me bâtir une mai­son ? Sache que c’est, d’abord, moi qui vais te bâtir une « mai­son », à toi. Je te don­ne­rai une « mai­son royale » qui, contrai­re­ment à celle de Saül, « sera pour tou­jours assu­rée » (2 S 7 :16).

Pour­quoi donc Dieu décale-t-il le pro­jet de David, homme selon son coeur ?

1 Dieu se révèle ainsi comme le Dieu de toute grâce. Il est celui qui, le pre­mier, donne en toute géné­ro­sité. « Le Temple ne devait donc être ni la consé­quence auto­ma­tique de la réus­site poli­tique de David, ni une simple confir­ma­tion divine de son auto­rité royale comme c’était de cou­tume dans l’Antiquité ».[3] Le Temple est le signe de la libre grâce de Dieu, qui fonde tout.

2 Dieu a voulu qu’il y ait un relais entre David et Salo­mon. Plu­sieurs choses s’expriment autour de ce relais :

-          on peut y voir une limi­ta­tion : même David, l’homme selon de coeur de  Dieu, ne cumule pas tous les rôles.

-          on peut y voir, aussi, une grâce : Salo­mon est le fils de David, et le signe que la grâce faite à David conti­nue. Dieu accom­plit ses pro­messes envers le suc­ces­seur de David, à la dif­fé­rence de Saül qui n’avait pas eu de suc­ces­seur. La conti­nuité dit la fidé­lité de Dieu envers la mai­son de David.

-          Salo­mon est un homme de « repos », celui qui « donne du repos » à tout Israël, alors que David a été l’homme qui a fait de « grandes guerres ». Ce contraste est exprimé par David, en 1 Chr 22 :7–9, lorsqu’il trans­met le relais à son fils. Le pas­sage entre David et Salo­mon marque une étape dans l’histoire d’Israël qui, main­te­nant, est bien implanté. Salo­mon le soulignera.

1 Rois 5:4 : Main­te­nant l’Éternel, mon Dieu, m’a donné du repos de toutes parts; plus d’adversaires, plus de cala­mi­tés ! Voici, j’ai l’intention de bâtir une mai­son au nom de l’Éternel, mon Dieu, comme l’Éternel l’a déclaré à David, mon père, en disant: Ton fils que je met­trai à ta place sur ton trône, ce sera lui qui bâtira une mai­son à mon nom.

Le temple exprime l’accomplissement des pro­messes faites à David et de celles faites à Moïse. La prière inau­gu­rale le sou­ligne, en 1 R 8. Au v.20, Salo­mon confesse l’accomplissement de la pro­messe faite à David, et dont il est le signe vivant. Au v. 56, il sou­ligne l’accomplissement de celles faite à Moïse : « Béni soit l’Eternel, qui a donné du repos à son peuple d’Israël, selon toutes ses pro­messes ! De toutes les bonnes paroles pro­non­cées par Moïse, son ser­vi­teur, aucune n’est res­tée sans effet. »

Le Temple de Jéru­sa­lem n’est pas sim­ple­ment un magni­fique cadre pour louer Dieu. Il est le signe de toute une his­toire, écrite par la libre grâce et la fidé­lité de Dieu. Il exprime ce lien unique entre Dieu et son peuple, non seule­ment dans le pré­sent de la ren­contre, mais dans l’Histoire. C’est aussi pour cela que, lorsqu’Israël se sera révélé comme infi­dèle, le Sei­gneur per­met­tra, avec l’exil, la des­truc­tion du temple. Et sa recons­truc­tion, jusqu’au temps de la venue du Sei­gneur Jésus, qui est « bien plus que le temple » (Mt 12 :26) : car en lui Dieu est pré­sent parmi les siens de manière unique et indé­pas­sable ; et en lui s’accomplissent toutes les pro­messes de Dieu.

12. De l’entrée de l’arche à la construc­tion du temple

David, après avoir fait de Jéru­sa­lem sa ville, y fait venir l’arche de l’alliance. Après une pre­mière ten­ta­tive qui tourne au drame, c’est l’occasion de grandes joies. « Tout Israël » est ras­sem­blé, et saisi par l’événement. David danse devant l’arche, au milieu d’un peuple en liesse. Voilà donc l’arche de l’alliance sous une tente, à Jéru­sa­lem. (1 Chr 16 :1)

En même temps, fait sur­pre­nant, le taber­nacle, où l’on offre les sacri­fices, est ailleurs, à Gabaon (10km au N-O de Jéru­sa­lem). Il y a donc, pen­dant cette période, une dif­fé­ren­cia­tion entre l’arche de l’alliance et les sacri­fices. Une par­tie des Lévites et des chantres étaient affec­tés au Taber­nacle, à Gabaon (1 Chr 16 :39–42), et une autre par­tie était affec­tée à l’arche de l’Alliance, à Jéru­sa­lem (Asaph, 1 Chr 16 :37)

Il y a là une manière de dire la pri­mauté de l’Alliance :

-          on se sou­vien­dra que le signe de l’alliance a pré­cédé, pen­dant tout un temps, les sacri­fices à Jérusalem

-          on se sou­vien­dra, aussi, que le temple ne sera bâti que lorsque s’accomplissent les pro­messes faites à David et à Moïse.

Cela signi­fie que le culte se fonde sur l’alliance, qui est pre­mière, dont Dieu a l’initiative et qui exprime sa grâce et sa géné­ro­sité. Si l’on iden­ti­fie les sacri­fices à l’expression de foi du croyant, cela rap­pelle que notre culte, ce que nous appor­tons, n’est tou­jours que réponse à la grâce et aux ini­tia­tives pre­mières de Dieu.

Le can­tique de 1 Chr 16, « pre­mière » louange d’Asaph devant l’arche de l’alliance arri­vée à Jéru­sa­lem, célèbre cette alliance, qui per­met de vivre et d’en être là aujourd’hui. C’est le fon­de­ment de l’appel à louer Dieu, et à avoir recours à lui.

1 Chr 16:15 : Rappelez-vous à tou­jours son alliance, ses pro­messes pour mille géné­ra­tions, l’alliance qu’il a trai­tée avec Abra­ham, et le ser­ment qu’il a fait à Isaac; Il l’a érigée pour Jacob en loi, Pour Israël en alliance éternelle…

13 . Le lieu du Temple

Le choix de l’emplacement du Temple est aussi le fruit d’une grâce de Dieu. Cela s’inscrit dans un épisode tra­gique. David a fait un dénom­bre­ment des forces mili­taires sur les­quelles il pou­vait comp­ter. A ce moment, il a déjà conquis l’ensemble du ter­ri­toire donné à Israël par le Sei­gneur. Se laisse-t-il aller à un péché d’orgueil, à une volonté d’augmenter son pou­voir ? Vise-t-il d’autres conquêtes ? C’est une expli­ca­tion.[4] Israël est puni par un fléau (la peste).  David s’humilie et offre un sacri­fice à Dieu sur une aire qu’il achète à Ornan. Le fléau s’arrête. David déclare (1 Chr 22 :1) : « Ici sera la mai­son de l’Eternel Dieu ».

Un autre texte iden­ti­fie ce lieu au mont Morija (2 Chr 3 :1). Là encore, c’est l’affirmation de la grâce de Dieu, et qui est pre­mière : la grâce du Dieu qui honore la fidé­lité de son enfant (Abra­ham) ; la grâce du Dieu qui par­donne, mal­gré l’infidélité (David).

14. La  Dédi­cace du Temple (2 Chr 6)

Vient le moment où le temple est construit. On trans­porte l’arche de l’alliance dans le lieu très saint. C’est alors l’événement déci­sif : « Au même moment, la Mai­son, la mai­son du sei­gneur fut rem­plie d’une nuée » (2 Chr 5 :13) La for­mu­la­tion est inté­res­sante : elle sug­gère que la mai­son devient véri­ta­ble­ment la « Mai­son du Sei­gneur », la « demeure » de Dieu parmi son peuple.

C’est l’occasion de for­mu­ler une théo­lo­gie de la « pré­sence de Dieu » parmi son peuple. Un point impor­tant pour le culte : sur quelle base dire que Dieu est « pré­sent » parmi son peuple ? que veut dire que Dieu « habite » parmi nous, en nous, qu’il « habite nos louanges » ?

141. Emer­veille­ment

Salo­mon sou­ligne, d’abord, que c’est une grâce. Ses pre­miers mots sont des mots d’émerveillement, d’étonnement : « Quoi donc ? Dieu habiterait-il véri­ta­ble­ment sur la terre ? Voici, les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te conte­nir : com­bien moins cette mai­son que je t’ai bâtie… » (2 Chr 6 :18 = 1 R 8 :27). Ce qu’il vient de bâtir, c’est un vrai bijou. Mais l’étonnement est entier. Il ne peut y avoir de vrai culte sans cet éton­ne­ment, à un moment ou à un autre. Qui sommes-nous, que sommes-nous pour que Dieu s’intéresse à nous ? « Sei­gneur, garde-nous éton­nés… »

142. L’attention de Dieu

La suite de la prière est une demande à Dieu de gar­der ses yeux « nuit et jour ouverts sur cette mai­son » (6 :20), et d’être pour Israël le Dieu « qui écoute, qui exauce, qui par­donne ». (6 :21) La « pré­sence de Dieu » se défi­nit ici comme une « atten­tion de Dieu », nuit et jour.

143. La demeure de Dieu

Une autre ligne est très claire, dans cette prière, c’est que la véri­table « demeure de Dieu », ce sont « les cieux ». Cela, Salo­mon le sou­ligne, à chaque fois qu’il demande à Dieu d’écouter la prière faite soit dans le temple, soit en ten­dant les mains vers le temple : « Exauce du lieu de ta demeure, des cieux, exauce et par­donne ! » (6 :21,23,25,27,30,33,35,39).  Autant Salo­mon donne force à la pré­sence de Dieu dans son temple, autant il tient à ne pas enfer­mer Dieu dans ce temple. Sa demeure est dans les cieux. Il est le Dieu de toute gran­deur, de toute trans­cen­dance, tout en étant proche. [5] Cf Jésus : « Notre Père qui es aux cieux ». D’abord dire cela, tou­jours, avant de dire « Tu es en moi, tu es parmi nous ».

144. La pro­messe de Dieu

Après la dédi­cace du temple, Dieu confirme sa pré­sence, avec des mots magnifiques.

2 Chr 7:16 : Main­te­nant, je choi­sis et je sanc­ti­fie cette mai­son pour que mon nom y réside à jamais, et j’aurai tou­jours là mes yeux et mon coeur.

J’ai eu l’occasion de médi­ter ce beau ver­set en rela­tion avec le mariage d’Arnaud et de Cyn­thia. Je rap­pelle les lignes prin­ci­pales que l’on peut en dégager.

-          Le pre­mier mot pour­rait être « appar­te­nance ». C’est l’idée qui se trouve der­rière le mot biblique : « Je sanc­ti­fie cette mai­son ». Que veut-il dire ? Au milieu de toutes les « mai­sons » qui existent, celle-ci sera spé­ciale pour le Sei­gneur. Elle lui appar­tien­dra, il s’y retrou­vera, elle sera « sienne » de manière par­ti­cu­lière. Dieu ne fait pas dans la géné­ra­lité qui uni­for­mise. Il crée des rela­tions d’appartenance mutuelle, où l’on compte de manière « spéciale

-          Le deuxième mot de la pro­messe de Dieu pour­rait être « alliance ». « C’est là que je met­trai, à tou­jours, mon nom ». Le « nom », aux temps bibliques, dési­gnait toute la per­sonne, avec tout ce qu’elle était. Quand Dieu « met son nom », cela veut dire qu’il engage toute sa per­sonne. Il s’allie, parce qu’il aime. Il y a comme une sorte d’identification. Ce qui nous concerne le concerne. Ce qui nous touche le touche.

-          Troi­sième mot de la pro­messe de Dieu : l’attention. « J’aurai tou­jours là mes yeux », dit le Sei­gneur. La pré­sence de Dieu n’est pas pas­sive, elle est « atten­tive », tour­née vers son peuple avec inten­sité. Pour écou­ter, secou­rir, exau­cer, pardonner.

-          Denier mot de la pro­messe de Dieu : c’est là que j’aurai tou­jours « mon coeur ». C’est ici l’implication de Dieu. Il y a là un « plus »  : une impli­ca­tion per­son­nelle entière.  « Je m’implique avec tout ce que je suis ». Avec tout mon amour. Avec tous mes pro­jets. Avec toute ma per­sé­vé­rance. Mon ima­gi­na­tion, pour rêver de belles choses pour vous. Ma volonté, pour affron­ter avec vous ce qui est dif­fi­cile. Ma patience, pour sur­mon­ter les obs­tacles qui sur­gi­ront entre vous et moi. Ma joie lorsque vous êtes heu­reux. Ma com­pas­sion lorsque vous aurez mal. Dieu est un Dieu qui s’implique, qui est entier dans son amour.

Dans les cultures envi­ron­nantes, lorsque l’on disait que le « nom » d’un Dieu était sur son temple, on disait par là qu’il était le pro­prié­taire du sanc­tuaire[6]. Ici, il y a beau­coup plus : une rela­tion entière, per­son­nelle, intense.

C’est sous cet angle infi­ni­ment per­son­nel qu’il nous faut abor­der la pré­sence de Dieu parmi son peuple. Elle est et reste tou­jours une libre grâce, don­née, accor­dée, renou­ve­lée. Elle est, aussi, un atta­che­ment.  Un mot magni­fique, qui dit le coeur, la durée et la liberté. Car l’attachement est choisi.

Mais nous devons veiller à conser­ver ce côté per­son­nel, contre plu­sieurs tendances :

-          contre une vision pan­théi­sante qui voit Dieu en tout, et donc « natu­rel­le­ment » en nous. Dieu dit ici : « Je met­trai là… » Il y a un choix. Une action spé­ci­fique. Dieu n’est pas notre nature la plus intime.

-          contre une vision récu­pé­ra­trice qui, à par­tir de l’idée que Dieu se donne, s’approprie plus ou moins la pré­sence de Dieu. C’est la ten­dance de la théo­lo­gie catho­lique : l’Eglise ins­ti­tu­tion est le « corps du Christ », l’incarnation conti­nuée du Christ. C’est donc par elle que le Christ se donne. Ses actes sont les actes du Christ. Le prêtre, en tant que membre de ce corps, rend pré­sent le Christ. Les sacre­ments, en tant que sacr­ments du Christ, admi­nis­trés par son Eglise, confèrent la grâce, sont effi­caces en vertu de leur propre opé­ra­tion. Le pro­blème, c’est ici une sorte d’appropriation de la pré­sence du Christ en son corps. La liberté de la grâce n’est pas hono­rée à sa juste valeur, même si elle est confes­sée de la bouche (on parle du Dieu qui aime à se don­ner par son Eglise). Or, jus­te­ment, notre texte affirme cette liberté : ainsi, en cas de déso­béis­sance, Dieu affirme qu’il sera prêt à « reje­ter cette mai­son que, pour­tant, il a sanc­ti­fiée pour y faire rési­der son nom » (2 Chr 7 :19–22 -> lire). For­mi­dable affir­ma­tion de liberté, d’indépendance, de consis­tance per­son­nelle (ce n’est pas lui qui sera déshon­noré, mais Israël).

-          il nous faut aussi veiller à nous, évan­gé­liques, sur ce ter­rain. Les pièges nous guettent égale­ment par rap­port à la pré­sence de Dieu. Le pre­mier piège me semble être la fami­lia­rité : à force de dire que « Dieu est parmi nous », que nous sommes « le temple du SE », nous ne mesu­rons plus la dis­tance et la proxi­mité qui font la force du mys­tère, et sa beauté bou­le­ver­sante. Le second piège me semble pou­voir être celui d’une ins­tru­men­ta­li­sa­tion de Dieu, ou de l’action du SE : « Dieu agit lorsque son peuple prie » peut deve­nir une sorte de main­mise sur Dieu.

Je me sou­viens de mon éton­ne­ment lors de l’interview d’un groupe chré­tien anglais très connu, Deli­rious ?, à Pen­te­côte 2000. Ils pou­vaient dire, comme une vérité assu­rée, qu’à un moment, l’Esprit des­cen­dait quand ils jouaient. C’était presque « mathé­ma­tique », obligé. Il y avait là une ins­tru­men­ta­li­sa­tion de Dieu. Ou une confu­sion entre l’action de Dieu et l’effet de la musique.

145. L’attitude de l’adorateur

Un der­nier point doit être relevé, tou­jours dans cette ligne d’une rela­tion per­son­nelle. C’est l’importance de notre atti­tude de coeur, sou­li­gnée à plu­sieurs reprises. Lorsque Salo­mon envi­sage plu­sieurs situa­tions où l’on peut être appelé à prier dans le temple, ou tourné vers le temple, il ne dit pas sim­ple­ment : « S’ils prient, dans ce temple, ou tour­nés vers ce temple, exauce ! » Etre dans le temple, se tour­ner vers lui, ne garan­tit rien. Il y a d’autres conditions :

-          6 :24 : S’ils reviennent à toi

-          6 :26 : S’ils prient en ce lieu… s’ils glo­ri­fient ton nom… se détournent de leur péché

-          6 :29 : si cha­cun recon­naît sa plaie et sa douleur

-          6 :34 : si ton peuple com­bat « en sui­vant tes voies »

-          3 :37 : s’ils reviennent à toi.

Cette res­pon­sa­bi­lité est résu­mée en 7 :14, dans la vision de Salo­mon. « Si mon peuple sur qui est invo­qué mon nom s’humilie, prie et me cherche, et s’il se détourne de ses mau­vaises voies, je l’exaucerai des cieux, je lui par­don­ne­rai son péché, et je gué­ri­rai son pays. »

Notre atti­tude de coeur est essen­tielle à la ren­contre avec Dieu. Venir à la mai­son de Dieu ne dis­pense pas de vivre selon Dieu. Ce n’est pas, non plus, une com­pen­sa­tion qui pour­rait équi­li­brer notre vie sans Dieu par ailleurs. Ce qui est demandé, c’est une cohé­rence. Un enga­ge­ment per­son­nel entier. Comme celui du Seigneur.

2. L’organisation du culte

Le culte du temple mis en place par David et Salo­mon a donné lieu à une orga­ni­sa­tion. Dans le sys­tème de l’AT, cette orga­ni­sa­tion concer­nait essen­tiel­le­ment la tribu de Lévi, mise à part pour rem­plir les fonc­tions du culte.

Plu­sieurs cha­pitres des Chro­niques décrivent cette orga­ni­sa­tion. Le coeur en est 1 Chr 23–26 (avec des échos en 1 Chr 6 -> liste des dif­fé­rentes familles des lévites ; en 2 Chr 8 :14–16 -> réa­li­sa­tion par Salomon).

21. Les grandes catégories

Quatre grandes caté­go­ries de ser­vices du culte sont décrites. Ils sont décrits en 1 Chr 23 :4–5.

1 Chr 23 :4–5 : David dit: Qu’il y en ait vingt-quatre mille pour veiller aux offices de la mai­son de l’Éternel, six mille comme magis­trats et juges, quatre mille comme por­tiers, et quatre mille char­gés de louer l’Éternel avec les ins­tru­ments que j’ai faits pour le célébrer.

Le per­son­nel du sanc­tuaire (24.000) est décrit en 1 Chr 23–24

Les musi­ciens et chan­teurs (4.000) en 1 Chr 25

Les por­tiers (4.000) en 1 Chr 26 :1–19

Les magis­trats et juges (6.000) en 1 Chr 26 :20–32.

A l’intérieur de chaque grand groupe, il y avait une répar­ti­tion. Les prêtres et les chantres étaient divi­sés en 24 groupes. Ils offi­ciaient selon un calen­drier donné. Les por­tiers, aussi, étaient divi­sés selon leur responsabilité.

Les Lévites étaient répar­tis entre trois grandes familles, cor­res­pon­dant aux 3 fils de Lévi : Guer­schom, Kehath et Merari (1 Chr 23 :6) [7]. Les quatre grandes fonc­tions du culte étaient répar­ties entre les trois grandes familles (1 Chr 6). La deuxième, celle de Kehath, pos­sé­dait en plus la prê­trise (famille d’Aaron) [8]

Libni ->  lévites

- Guers­hom

Chi­meï    -> chanteurs

Ammi­na­dab ->  lévites

lévi                         — Kehath                                 Ama­ria -> grands prêtres

Yit­se­har -> chanteurs

Mahli ->  lévites

- Merari

Mou­shi -> chanteurs

22. Les fonctions

Que recou­vraient ces diverses fonctions ?

221. Le per­son­nel du sanctuaire

Le per­son­nel du sanc­tuaire était une caté­go­rie très large (d’où le nombre). C’étaient en quelque sorte les « lévites géné­ra­listes ». Leurs tâches sont décrites en 1 Chr 23 :27–32. Il s’agissait de veiller à l’entretien des par­vis, des salles annexes ; il devaient veiller à toutes les puri­fi­ca­tions, à toutes les pré­pa­ra­tions (pains de pro­po­si­tion, offrandes), assu­rer les mesures et les quan­ti­tés. Ils par­ti­ci­paient au sacri­fice per­pé­tuel (« afin de louer et de célé­brer le Sei­gneur », 23 :30). Ils assu­raient la garde et le soin du sanc­tuaire, et assis­taient les prêtres dans toutes leurs tâches. Leur nombre montre l’importance du sys­tème sacrificiel.

222. Les chantres

La mise en place de ce groupe repré­sente un déve­lop­pe­ment dans la forme du culte, avec une place impor­tante don­née à la musique. Ce n’est pas pour rien que David se trouve à l’origine de ce déve­lop­pe­ment, vu ses dons per­son­nels et sa sen­si­bi­lité en la matière. L’organisation de ce ser­vice est assez impres­sion­nante. 4000 musi­ciens, dont 288 artistes consom­més char­gés d’entraîner les autres (25 :7) ; 3 grands chefs, qui diri­geaient le chant et super­vi­saient l’ensemble : Asaph, Héman, Jedou­toun (Jedu­thun, Seg). NB. Ces artistes ne fonc­tion­naient pas tous en même temps : ils étaient répar­tis en 24 classes.

Les ins­tru­ments de musique étaient de trois sortes : cordes (harpes, luth) ; vent (clai­rons, trom­pettes) ; per­cus­sions (cym­bales). La musique par­ti­ci­pait plei­ne­ment à l’expression de la foi. Plu­sieurs textes insistent sur ce point :

-          1 Chr 15 :16 (trans­port de l’arche à Jéru­sa­lem) : Et David dit aux chefs des Lévites de dis­po­ser leurs frères les chantres avec des ins­tru­ments de musique, des luths, des harpes et des cym­bales, qu’ils devaient faire reten­tir de sons écla­tants en signe de réjouis­sance. Cf v.19, pour les cym­bales qu’avaient les trois chefs des chantres, « pour les faire retentir ».

-          1 chr 25 :6 : men­tionne les cym­bales, les luths et les harpes « pour le ser­vice de la mai­son de Dieu ».

-          Les psaumes 149 et 150 invitent à louer le Sei­gneur avec toutes sortes d’instruments.

Il y avait une force, une har­mo­nie, entre ins­tru­ments et voix, pour accom­pa­gner le culte dans le temple.

Les chantres étaient char­gés de com­po­ser. Ce tra­vail était vu comme une tâche spi­ri­tuelle, gui­dée par le Sei­gneur. Le verbe qui est employé à leur sujet est « pro­phé­ti­ser », par­ler de la part du Sei­gneur, don­ner au peuple des paroles du Sei­gneur. Cela est sou­li­gné pour chaque famille en 1 Chr 25 : les fils d’Asaph « pro­phé­ti­saient » sui­vant les ordres du roi (25 :2) ; Jedu­tun « pro­phé­ti­sait avec la harpe pour louer et célé­brer l’Eternel ») (25 :3) ; Heman était « pro­phète[9] du roi et rece­vait les paroles de Dieu pour exal­ter sa puis­sance. »   Plu­sieurs autres pas­sages des Chro­niques attri­buent un rôle pro­phé­tique aux offi­ciants du culte : Asaph est appelé « le pro­phète Asaph » (2 Chr 29 :30) ; cer­tains lévites ont, en des moments-clé, des paroles pour le peuple (2 Chr 20 :14–17). Cette dési­gna­tion montre l’importance des paroles, tout en sou­li­gnant plei­ne­ment le rôle de la musique.

Les Psaumes com­portent 12 Psaumes attri­bués à Asaph ; Jedu­thun est men­tionné trois fois ; Héman, peut-être, une fois.

A quel moment du culte inter­ve­naient les chants ? Nous n’avons pas de texte de la Bible qui nous décrivent l’ensemble du dérou­le­ment. Mais quelques indices sont laissés :

-    Les sacri­fices étaient accom­pa­gnés de chants de can­tiques : cf Amos 5 :22–24 (texte de rejet par Dieu, mais qui reflète le déroulement).

Amos 5:22–24 : Quand vous me pré­sen­tez des holo­caustes et des offrandes, je n’y prends aucun plai­sir; et les veaux engrais­sés que vous sacri­fiez en actions de grâces,je ne les regarde pas. Éloigne de moi le bruit de tes can­tiques; je n’écoute pas le son de tes luths. Mais que la droi­ture soit comme un cou­rant d’eau, Et la jus­tice comme un tor­rent qui jamais ne tarit.

-          Cer­tains Psaumes per­mettent de se faire une idée :

  • Psaume 24 semble être un psaume en répons, à l’entrée du temple : « Qui pourra accé­der au mont de l’Eternel ? Qui pourra se tenir dans sa demeure sainte ? » (chanté par un membre du groupe, au nom de l’ensemble). Répons par l’un des lévites (por­tiers ?) : « Celui qui a les mains pures et le coeur pur, qui ne se livre pas au mensonge… »
  • psaume 100 men­tionne l’entrée dans les portes de la mai­son de Dieu « avec des cantiques ».
  • psaume 136 est un psaume en répons, avec un offi­ciant qui invite à la louange, et donne des rai­sons de louer, et l’assemblée qui, a chaque phrase répond : « Car sa misé­ri­corde dure à toujours ».
  • A plu­sieurs reprises, les psaumes parlent d’acclamer le Sei­gneur, de « pous­ser vers lui des cris de joie » (66 :1 ; 132 :9), ce qui laisse pen­ser à des moments par­ti­cu­liers où cette joie s’exprime (après un sacri­fice, joie du par­don ? Cf Lv 9 :24, où le peuple pousse des cris de joie lorsque le feu consume le sacri­fice offert à Dieu).
  • L’atmosphère d’entrée en pré­sence de Dieu était mar­quée par le chant : Cf l’invitation du Ps 95 :1–2 : « Venez, chan­tons avec allé­gresse à l’Éternel! Pous­sons des cris de joie vers le rocher de notre salut. Allons au-devant de lui avec des louanges, fai­sons reten­tir des can­tiques en son honneur! »

Un exemple du 2e s av Jc : Sira­cide 50 :1, 5, 11–21.

223. Les por­tiers (1 Chr 26)

Ils étaient repon­sables des quatre portes du temple. Le texte de 1 Chr 26 décrit sur­tout leur répar­ti­tion géo­gra­phique, mais en dit peu sur leur fonction.

Il s’agissait d’un ser­vice d’accueil et de ges­tion des per­sonnes qui mon­taient au temple. Mais cet accueil pou­vait com­por­ter des dimen­sions différentes :

-          une dimen­sion litur­gique : cf Ps 24

-          une dimen­sion d’intendance :

2 Chro­niques 31:14 : « Le Lévite Koré, fils de Jimna, por­tier de l’orient, avait l’intendance des dons volon­taires faits à Dieu, pour dis­tri­buer ce qui était pré­senté à l’Éternel par éléva­tion et les choses très saintes. »

1 Chro­niques 9:26 : Ces quatre chefs des por­tiers, ces Lévites, étaient tou­jours en fonc­tions, et ils avaient encore la sur­veillance des chambres et des tré­sors de la mai­son de Dieu.

- une dimen­sion de sécu­rité et d’ordre :  1 Chr 9:27 : « Ils pas­saient la nuit autour de la mai­son de Dieu, dont ils avaient la garde, et qu’ils devaient ouvrir chaque matin. »

Impor­tance d’une telle fonc­tion, pour un culte où l’on ne vient pas sim­ple­ment avec sa bible et son can­tique… mais avec des offrandes en nature, en argent, des ani­maux à sacri­fier… avec toutes sortes de pos­si­bi­li­tés d’action et de sacri­fice.  Ces tâches pou­vaient deman­der beau­coup d’énergie et de zèle, cf les fils d’Obed-Edom, « pleins de vigueur et de force pour le ser­vice » (1 Chr 26 :8)

224. Les juges et les magistrats

Œ Les juges : D’autres lévites étaient déta­chés hors du temple, dans tout Israël. Il s’agit, ici, du ser­vice de Dieu « décen­tra­lisé », où l’on va vers le peuple. 6.000 lévites affec­tés à cette charge. Elle est décrite en quelques versets :

1 Chr 26:29 : « Kena­nia et ses frères étaient employés pour les affaires exté­rieures, comme magis­trats et juges en Israël. 26:30 Parmi les Hébro­nites, Hascha­bia et ses frères, hommes vaillants, au nombre de mille sept cents, avaient la sur­veillance d’Israël, de l’autre côté du Jour­dain, à l’occident, pour toutes les affaires de l’Éternel et pour le ser­vice du roi. »

Peu de choses dites, mais une idée de la fonction :

-          une fonc­tion décen­tra­li­sée « en Israël », « de l’autre côté du Jourdain »

-          admi­nis­tra­teurs : pour le temple : juges : pour dire la loi de Dieu. Ce sont eux qui traitent de « toutes les affaires de l’Eternel ».

-          En même temps : au ser­vice du roi. Hommes de confiance. Rôle civil. Dans une société comme Israël, les deux fonc­tions peuvent se recouper.

Rap­pel : c’est aux prêtres et aux lévites que reve­nait la tâche d’instruire le peuple.

C’est aux lévites et aux anciens qu’est remise la loi (Dt 31 :11). On pré­voit une lec­ture publique de la loi dans son inté­gra­lité tous les 7 ans (Dt 31 :11). Lorsque cela est fait, au retour de l’exil, les Lévites ont pour rôle de « don­ner le sens pour faire com­prendre ce qui avait été lu » (Neh 8 :7).

Rôle dans l’enseignement quo­ti­den : cf les mesures prises par Josa­phat, pour assu­rer l’enseignement du peuple d’Israël. Lire 2 Chr 19 :8–10 . On retrouve la fonc­tion des « juges et magis­trats » orga­ni­sée par David.

Cf les reproches des prophètes :

Es 8 :19–20 : « A la loi et au témoignage ! »

Jéré­mie 2:8 : « Les prêtres ne disent pas : Où est le SEIGNEUR ? Les spé­cia­listes de la loi ne me connaissent pas, les ber­gers se sont révol­tés contre moi, les pro­phètes parlent par le Baal, ils suivent ceux qui n’ont aucune valeur. «

Michée 3:11 : « Ses chefs jugent pour des pots-de-vin, ses prêtres enseignent pour un salaire, ses pro­phètes pra­tiquent la divi­na­tion pour de l’argent; et ils s’appuient sur le SEIGNEUR, en disant : Le SEIGNEUR n’est-il pas parmi nous ? Aucun mal­heur ne s’abattra sur nous ! »

Impor­tance de l’enseignement, per­son­na­lisé, de proxi­mité. Cela fais­sait par­tie de la vie cultuelle en Israël. Pro­lon­ge­ment du minis­tère du Temple. Ce qui laisse entendre qu’il y avait aussi de l’enseignement au Temple.

 Les inten­dants : Parmi les « 6.000 » juges et inten­dants, il y avait aussi des per­sonnes char­gées de la ges­tion du temple. 1 Chr 26 :20–28 parle de l’intendance des « tré­sors de la mai­son de Dieu ». Cela repré­sen­tait tout un tra­vail ! Il y avait la ges­tion et la répar­ti­tion des dons, des offrandes volon­taires, des « tré­sors de guerre »… Il devait y avoir des répar­ti­tions, des choix de ges­tion…  Tout cela est orga­nisé, aussi, comme ser­vice du Sei­gneur, comme ser­vice du temple.

23 . Appli­ca­tions

Que tirer des ces obser­va­tions sur l’organisation du culte et de ses services ?

231. le prin­cipe de l’organisation

Le culte com­pre­nait de nom­breux éléments : sacri­fices, ser­vice du sanc­tuaire, pré­pa­ra­tions, offrandes, louange. Tout un peuple était concerné, et il pou­vait y avoir du monde réuni au temple. Pour que le culte puisse rem­plir son but, il fal­lait une orga­ni­sa­tion : défi­ni­tion des tâches, répar­ti­tion des tâches, nomi­na­tion de res­pon­sables, recon­nais­sance de ces res­pon­sables, plan­nig, rou­le­ments, coor­di­na­tions d’ensemble.  Tout cela est pré­sent, ici.

Le but de cette orga­ni­sa­tion est de per­mettre au peuple de ser­vir ensemble le Sei­gneur, de s’unir dans un même mou­ve­ment vers Dieu. Pour que cela puisse se faire, il faut qu’il y ait de l’ordre.[10] Il faut un cadre assuré, fonc­tion­nel, à l’intérieur duquel cha­cun puisse trou­ver ses marques. Il faut un cadre, solide, pour per­mettre à l’ensemble de bien vivre ce qui est fait devant Dieu.

Le but de cette orga­ni­sa­tion est aussi de favo­ri­ser la richesse de ce que l’on offre à Dieu. Le culte au temple incluait des paroles, des gestes cultuels, des sacri­fices, des lec­tures, des chants, des moments musi­caux ins­tru­men­taux… Il y avait des offi­ciants, il y avait l’ensemble des croyants venus au temple. Tout cela était inté­gré, dans une grande diver­sité. L’organisation per­met­tait cela. Les chantres pou­vaient exer­cer leur fonc­tion de chantre, sachant que les sacri­fi­ca­teurs exer­çaient leur fonc­tion de sacri­fi­ca­teur, et que les por­tiers assu­raient leur fonc­tion de por­tier… Cha­cun pou­vait offrir le meilleur de lui-même.

Ces textes nous invitent à voir l’organisation non pas comme un « cadrage » qui empêche de vivre, mais comme un moyen donné pour réa­li­ser une har­mo­nie et une richesse de vie au ser­vice du Sei­gneur et de sa gloire.

232. La recon­nais­sance des complémentarités

Il est inté­res­sant de voir ici que la Bible inclut, dans le même ensemble, les 4 groupes : per­sonnes affec­tées aux divers ser­vices du sanc­tuaire, chantres, por­tiers, juges et inten­dants. Le culte ne dépend pas seule­ment de ceux qui exercent les fonc­tions litur­giques : sacri­fices, louanges. On recon­naît le besoin d’autres fonc­tions : ges­tion des per­sonnes, du maté­riel, des locaux (por­tiers) ; fonc­tions d’adminstration et de ges­tion (magis­trats) ; fonc­tion d’enseignement et de repré­sen­ta­tion (juges). Il est bon de sou­li­gner cela, pour nous aussi : bien des per­sonnes par­ti­cipent au culte, en le ren­dant pos­sible, soit avant (entre­tien des locaux, accueil des per­sonnes, pré­pa­ra­tion de la Cène), soit pen­dant (chant, acc­com­pa­gne­ment, lec­tures, services,parole), soit après (entre­tien, ges­tion des offrandes, suivi des per­sonnes…). Ces textes nous invitent à avoir ce regard large.

233. Evo­lu­tions et adaptations

David ne s’est pas enfermé dans un modèle tout fait, comme celui du Taber­nacle, pour­tant donné par Dieu. Il y a, certes, des conti­nui­tés (cf le rôle des Lévites). Mais on tient compte aussi des évolu­tions, des situa­tions nou­velles. Cela est pré­cisé pour les Lévites, dont une par­tie avait pour rôle, lors du Taber­nacle mobile, de mon­ter et démonte le sanc­tuaire, pour le trans­por­ter. Cette fonction-là n’a plus lieu d’être main­te­nant que le Temple est bâti. David peut donc trou­ver de nou­velles fonc­tions à ces personnes.

1 Chr 23:26 : « Les Lévites n’auront plus à por­ter le taber­nacle et tous les usten­siles pour son service. »

Il y a aussi des évolu­tions liées aux dons par­ti­cu­liers accor­dés par le Sei­gneur. David était musi­cien, com­po­si­teur : c’étaient des dons reçus de Dieu. Il les « met au ser­vice de Dieu », en ins­til­lant un élan pour cet aspect du culte. Les chantres étaient « sous les ordres du roi », sous sa direc­tion. Il en avait fait l’une des « pierres » qu’il vou­lait appor­ter à l’édifice. Et il a posé des struc­tures, formé des per­sonnes, veillé à ce les plus capables puissent avoir du temps pour leur musique, et pour for­mer les autres . A bien des égards, un modèle ! Mais qui montre, aussi, que le culte n’est pas quelque chose d’inamovible.  L’ordre et l’organisation étaient au ser­vice de la vie, pleinement.

3. Au fil de l’histoire…

Les moments évoqués autour de la Dédi­cace du Temple sont, en quelque sorte, des som­mets. Il n’est pas inutile de rap­pe­ler que, bien vite, le vécu du culte et du temple offri­ront une autre image que celle de ces débuts.

Les  pro­phètes devront com­battre de nom­breuses dérives : l’idolâtrie, le for­ma­lisme reli­gieux, la croyance que quelle que soit la conduite du peuple, le temple de Dieu serait pré­servé, et Israël en sécu­rité. Après Salo­mon, le royaume du Nord se fera un autre sanc­tuaire, à Bethel, contre ce que disait la loi. Il y aura des temps où, jusque dans le temple et parmi les prêtres, la loi de Dieu sera par­tiel­le­ment oubliée. L’enseignement ne sera plus assuré. L’histoire d’Israël et de Juda est ainsi faite d’alternances d’oublis de Dieu et de retours à  Dieu.

On en arri­vera à des extrêmes : Eze­chiel verra, dans une vision, ce que voyait le Sei­gneur qui sonde toute chose, l’idolâtrie au coeur même du temple, des abo­mi­na­tions de toutes sortes, dans des chambres cachées, par des res­pon­sables du peuple (Ez 8). La gloire de Dieu devra s’élever, et quit­ter ce temple…

Il y a là, pour nous, une invi­ta­tion à la vigi­lance. Veillons sur nous-mêmes. Pré­ser­vons cet hom­mage que nous vou­lons rendre au Sei­gneur. Res­tons d’un coeur entier atta­chés au Sei­gneur. Ecou­tons sa Parole, laissons-nous res­sour­cer par elle, pour rendre à notre Dieu hon­neur et gloire, avec un coeur recon­nais­sant, une foi fon­dée. Lais­sons l’Esprit nous vivi­fier, nous ani­mer. Pré­ser­vons aussi notre unité devant Dieu. Veillons à ce que puissent s’exprimer, pour la gloire de Dieu, de mul­tiples res­sources. Donnons-nous les moyens, la peine, d’un culte riche pour Dieu.

Psaume 95:1 « Venez, chan­tons avec allé­gresse à l’Éternel! Pous­sons des cris de joie vers le rocher de notre salut. Allons au-devant de lui avec des louanges, fai­sons reten­tir des can­tiques en son hon­neur! Car l’Éternel est un grand Dieu, Il est un grand roi au-dessus de tous les dieux ! »

Thierry Huser


[1] Dans les reli­gions agraires sont les cultes de Canaan sont exem­plaires, la terre est assi­mi­lée à la femme et l’intervention de l’agriculteur à celle du mâle péné­trant la femelle pour y dépo­ser la semence. La reli­gion cana­néenne est donc une sacra­lité sexua­li­sée à l’extrême. Le divin a deux pôles : le pôle mas­cu­lin et le pôle fémi­nin : les Baa­lim et les Astarté. Les Baa­lim sont repré­senté par des sym­boles phal­liques ou par des images de forte sexua­lité : le tau­reau en est l’archétype. Les rites reli­gieux cana­néens ont des conno­ta­tions sexuelles. Ils sont l’occasion d’orgies ou de ren­contres érotiques dans les temples et les bois sacrés. Là, lors de la fête du dieu ou de la déesse, les ren­contres sexuelles sont sen­sées par­ti­ci­per à la ren­contre sexuelles des dieux, qui est source de fécon­dité. (J.Michel Mal­damé, op), « Dieu, le Père de notre Sei­gneur Jésus-Christ, notre Père », http://biblio.domuni.org/

[2] Il peut y avoir des « hauts lieux » dans des val­lées Ainsi, Jéré­mie dénonce un « haut lieu » dans la val­lée de Ben-Hinnom, où se dérou­lait le culte ter­rible de Moloch, avec ses sacri­fices humaines (Jr 7 :31).

[3] David Peter­son , En Esprit et en vérité (Excel­sis, 2005), 44.

[4] Cf la belle note de la Bible du Semeur, en 1 Chr 21 :3

[5] Ce point est relevé par David Peter­son, 46.

[6] Peter­son, 45.

[7] Voir le tableau réca­pi­tu­la­tif très éclai­rant de la BS (Ed avec notes), en note en 1 Chr 6 :1.

[8] Lorsque les chantres offi­ciaient, les Keha­tites diri­gés par Héman (25 :4ss) étaient au milieu (26 :32–38), les fils de Guers­hom diri­gés par Asaph à droite (26 :39–43), ceux de Mérari diri­gés par Ethan à gauche (26 :344–47).

[9] lit­té­ra­le­ment « voyant », au sens biblique de « prophète ».

[10] L’ordre per­met de com­po­ser entre diver­sité et unité, sans sacri­fier l’un au détri­ment de l’autre.

{lang: ‘fr’}

From → Le culte

3 Commentaires
  1. Rev. SINI NGINDU BINDANDA permalien

    J’ai trouvé l’article inté­res­sant dans la mesure où j’ai entre­pris d’écrire un article à ce pro­pos, mais mal­heu­reu­se­ment quand il ya bien­tot plus d’un an quand la mai­son où je res­tais a pris feu j’ai presque tout perdu y com­pris la dis­quette qui conte­nait mes tra­vaux y inclus celui qui conce­ra­nait le temple. Je trouve votre article inté­res­sant dans la mesure où il reprend tous les aspects du temple notam­ment l’organization et le vécu des acti­vi­tés cultuelles et cho­rales, etc.
    Mais je m’attendais à lire com­ment était trouvé le lieu dont il est ques­tion dans votre article. Evi­dem­ment je me suis aperçu que c’est un aspect non tel­le­ment néces­saire peut-etre.

    Merci pour tout le temps que vous avez mis pour écrire cet article et nous per­mettre ainsi de béné­fi­cier d’une étude dètaillée sur ce sujet. Encore une fois merci!

    SINI NGINDU BINDANDA

  2. Bertin BAGALWA MURHULA permalien

    Merci pour cet article si impor­tant pour tout chré­tien qui veut com­prendre le sens du mot temple et appro­fon­dir sa connais­sance sur la signi­fi­ca­tion ce mot. Jésus-Christ, notre Sei­gneur n’a pas hésité un seul ins­tant pour chas­ser les ven­deurs du temple : « Jésus entra dans le temple de Dieu. Il chassa tous ceux qui ven­daient et qui ache­taient dans le temple; il ren­versa les tables des chan­geurs, et les sièges des ven­deurs de pigeons. Et il leur dit: Il est écrit: Ma mai­son sera appe­lée une mai­son de prière. Mais vous, vous en faites une caverne de voleurs ». Mat­thieu 21.12–13
    Votre article me per­met­tra de rédi­ger une intro­duc­tion de ma note sur le pour­quoi, construire un temple en l’honneur de notre Dieu. En effet, l’Eglise où je suis membre compte débu­ter, avant la fin de l’année 2010, les tra­vaux de construc­tion du temple en l’honneur de notre Dieu. Que le Bon Dieu bénisse tes œuvres à jamais.

    Ber­tin BAGALWA

  3. fxspirit permalien

    détrom­pons nous et ne com­met­tons pas cette erreur sous la nou­velle alliance de pen­ser le «temple» qui est=aux briques faites de mains d’hommes aujourd’hui nous sommes les temples nos«corps» 1corth6/19 dans lequel nous sommes appe­lés à glo­ri­fier Dieu dans notre corps et notre esprit qui appar­tiennent à Dieu aujourd’hui nous nous retrou­vons en «assem­blés» therme grec «ékklesia«correspondant le mieux pour desi­gner le corps de christ qui est l’église locale et uni­ver­selle com­po­sée d’hommes et de femmes né de nou­veau aspi­rant tou­jours à la sain­teté dans leur conduite etant conscient d’étre membres de son corps david=l’ombre mais christ est la révé­la­tion. plus ques­tion d’organisation mais dirigé par le saint esprit pour l’exercice des dons spi­ri­tuel pour l’édification du corps amen

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